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VIII

Les matins qu’il restait au palais Boccanera, sans sortir, Pierre avait pris l’habitude de passer des heures dans l’étroit jardin abandonné, que terminait autrefois une sorte de loggia à portique, d’où l’on descendait au Tibre par un double escalier. Aujourd’hui, c était là un coin de solitude délicieuse, qui sentait bon les oranges aigres, des orangers centenaires dont les lignes symétriques indiquaient seules le dessin primitif des allées, disparues sous les herbes folles. Et il y retrouvait aussi l’odeur des buis amers, de grands buis poussés dans l’ancien bassin central, que des éboulis de terre avaient comblé.
Par ces matinées d’octobre, si lumineuses, d’un charme si tendre et si pénétrant, on y goûtait une infinie douceur de vivre. Mais le prêtre y apportait sa rêverie du Nord, le souci de la souffrance son âme de continuelle fraternité apitoyée, qui lui rendait plus douce la caresse du clair soleil, dans cet air de voluptueux amour Il allait s’asseoir contre la muraille de droite, sur un fragment de colonne renversée, à l’ombre d’un laurier énorme, dont l’ombre était noire, d’une fraîcheur balsamique. Et, à côté de lui, dans l’antique sarcophage verdi, où des faunes lascifs violentaient des femmes, le mince filet d’eau qui tombait du masque tragique scellé au mur, mettait la continuelle musique de sa note de cristal Il lisait les journaux, ses lettres, toute une correspondance du bon abbé Rose, qui le tenait au courant de son œuvre, les misérables du Paris sombre, déjà glacé par les brouillards, noyé sous la boue. Ah ! ces misères du pays froid, les mères et les petits qui allaient bientôt grelotter au fond des mansardes mal closes, les hommes que les grandes gelées jetteraient au chômage, toute cette agonie sous la neige du pauvre monde, tombant dans ce chaud soleil, parfumé d’un goût de fruit, dans ce pays de ciel bleu et d’heureuse paresse, où, l’hiver même, il faisait bon dormir dehors, à l’abri du vent, sur les dalles tièdes !
Mais, un matin Pierre trouva Benedetta assise sur le fragment de colonne, qui servait de banc. Elle eut un léger cri de surprise, elle resta un instant gênée, car elle tenait justement à la main le livre du prêtre, cette Rome nouvelle, qu’elle avait lue une première fois, sans bien la comprendre. Et elle se hâta ensuite de le retenir, voulut qu’il prît place à côté d’elle, en lui avouant avec sa belle franchise, son air de tranquille raison, qu’elle était descendue là, pour être seule et s’appliquer à sa lecture, ainsi qu’une écolière ignorante. Ils causèrent en amis, ce fut pour Pierre une heure adorable. Bien qu’elle évitât de parler d’elle, il sentit parfaitement que ses chagrins seuls la rapprochaient de lui, comme si la souffrance lui eût élargi le cœur, jusqu’à la faire se préoccuper de tous ceux qui souffraient en ce monde. Jamais encore elle n’avait songé à ces choses, dans son orgueil patricien qui regardait la hiérarchie ainsi qu’une loi divine, les heureux en haut, les misérables en bas, sans aucun changement possible ; et, devant certaines pages du livre, quels étonnements elle gardait, quelle peine elle éprouvait à s’initier ! Quoi ? s’intéresser au bas peuple, croire qu’il avait la même âme, les mêmes chagrins, vouloir travailler à sa joie comme à celle d’un frère ! Elle s’y efforçait pourtant, sans trop réussir, avec une sourde crainte de commettre un péché, car le mieux est de ne rien changer à l’ordre social établi par Dieu, consacré par l’Église. Certes, elle était charitable, elle donnait les petites aumônes accoutumées ; mais elle ne donnait pas son cœur. elle manquait totalement d’altruisme, de sympathie véritable, née et grandie dans l’atavisme d’une race différente, faite pour avoir, en haut du Ciel, des trônes au-dessus de la plèbe des élus.
Et d’autres matins, ils se retrouvèrent à l’ombre du laurier près de la fontaine chantante ; et Pierre, inoccupé, las d’attendre une solution qui semblait reculer d’heure en heure, se passionna pour animer de sa fraternité libératrice cette jeune femme si belle toute resplendissante d’un jeune amour. Une idée continuait à l’enflammera celle qu’il catéchisait l’Italie elle-même, la reine de beauté assoupie encore dans son ignorance, et qui retrouverait sa grandeur ancienne, si elle s’éveillait aux temps nouveaux, avec une âme élargie, pleine de pitié pour les choses et pour les êtres. Il lui lut les lettres du bon abbé Rose, il la fit frémir de l’effroyable sanglot qui monte des grandes villes. Puisqu’elle avait des yeux si profonds de tendresse, puisque d’elle entière émanait le bonheur d’aimer et d’être aimé, pourquoi donc ne reconnaissait-elle pas avec lui que la loi d’amour était l’unique salut de l’humanité souffrante, tombée par la haine en danger de mort ? Elle le reconnaissait, elle voulait lui faire le plaisir de croire à la démocratie, à la refonte fraternelle de la société, mais chez les autres peuples, pas à Rome ; car un rire doux, involontaire, lui venait dès qu’il évoquait ce qu’il restait du Transtévère fraternisant avec ce qu’il restait des vieux palais princiers. Non, non ! c’était depuis trop longtemps ainsi, il ne fallait rien changer à ces choses. Et, en somme, l’élève ne faisait guère de progrès, elle n’était réellement touchée que par la passion d’aimer qui brûlait si intense chez ce prêtre, et qu’il avait chastement détournée de la créature, pour la reporter sur la création entière. Pendant ces quelques matins d’octobre ensoleillés, un lien d’une exquise douceur se noua entre eux, ils s’aimèrent réellement d’un amour profond et pur, dans le grand amour qui les dévorait tous les deux.
Puis, un jour, Benedetta, le coude appuyé au sarcophage, parla de Dario, dont elle avait évité de prononcer le nom jusque-là.
Ah ! le pauvre ami, comme il s’était montré discret et repentant après son coup de brutale démence ! D’abord, pour cacher sa gêne, il s’en était allé passer trois jours à Naples, où l’on disait que la Tonietta, l’aimable fille aux bouquets de roses blanches, tombée follement amoureuse de lui, avait couru le rejoindre. Et, depuis son retour au palais, il évitait de se retrouver seul avec sa cousine, il ne la voyait guère que le lundi soir, l’air soumis, implorant des yeux son pardon.
« Hier, continua-t-elle, je l’ai rencontré dans l’escalier, je lui ai donné la main, et il a compris que je n’étais plus fâchée, il a été bienheureux... Que voulez-vous ? On ne peut pas être longtemps sévère. Et puis, j’ai peur qu’il ne finisse par se compromettre avec cette femme, s’il s’amusait trop, pour s’étourdir. Il faut qu’il sache bien que je l’aime toujours, que je l’attends toujours... Oh ! il est à moi, à moi seule ! Il serait là, dans mes bras, pour jamais, si je pouvais dire un mot. Mais nos affaires vont si mal, si mal ! »
Elle se tut, deux grosses larmes avaient paru dans ses yeux. Le procès en annulation de mariage, en effet, semblait s’arrêter devant des obstacles de toutes sortes, qui, chaque jour, renaissaient.
Et Pierre fut très ému de ces larmes, si rares chez elle. Parfois elle-même avouait, avec son calme sourire, qu’elle ne savait pas pleurer. Mais son cœur se fondait, elle resta un instant comme anéantie, accoudée au sarcophage moussu, à demi rongé par l’eau tandis que le filet clair, tombé de la bouche béante du masqué tragique, continuait sa note perlée de flûte. L’idée brusque de la mort s’était dressée devant le prêtre, à la voir, si jeune, si éclatante de beauté, défaillir au bord de ce marbre, où les faunes qui s’y ruaient parmi des femmes, en une bacchanale frénétiques disaient la toute-puissance de l’amour, dont les Anciens se plaisaient à sculpter le symbole sur les tombes, pour affirmer l’éternité de la vie.
Et un petit souille de vent chaud passa dans la solitude ensoleillée et silencieuse du jardin, apportant l’odeur pénétrante des orangers et des buis.
« Quand on aime, on est si fort ! murmura-t-il.
- Oui, oui, vous avez raison, reprit-elle, souriante déjà. Je ne suis qu’une enfant... Mais c’est votre faute, avec votre livre. Je ne le comprends bien que lorsque je souffre... Tout de même, n’est-ce pas ? je fais des progrès. Puisque vous le voulez, que tous les pauvres soient donc mes frères, et qu’elles soient mes sœurs, toutes celles qui ont des peines comme moi ! »
D’ordinaire, Benedetta remontait la première à son appartement, et Pierre s’attardait parfois, restait seul sous le laurier, dans le léger parfum de femme qu’elle laissait. Il rêvait confusément à des choses douces et tristes. Comme l’existence se montrait dure pour les pauvres êtres que brûlait l’unique soif du bonheur ! Autour de lui, le silence s’était élargi encore, tout le vieux palais dormait son lourd sommeil de ruine, avec sa cour voisine, semée d’herbe, entourée de son portique mort, où moisissaient des marbres de fouille, un Apollon sans bras et le torse tronqué d’une Vénus ; et, de loin en loin, ce silence de tombe n’était troublé que par le grondement brusque d’un carrosse de prélat, en visite chez le cardinal, s’engouffrant sous le porche, tournant dans la cour déserte, à grand bruit de roues.
Un lundi, vers dix heures un quart, dans le salon de donna Serafina, il n’y avait plus que les jeunes gens. Monsignore Nani n’avait fait que paraître, le cardinal Sarno venait de partir. Et, près de la cheminée, à sa place habituelle, donna Serafina elle-même se tenait comme à l’écart, les yeux fixés sur la place inoccupée de l’avocat Morano, qui s’entêtait à ne point reparaître.
Devant le canapé, où Benedetta et Celia se trouvaient assises, Dario, l’abbé Pierre et Narcisse Habert étaient debout, causant et riant. Depuis quelques minutes, Narcisse s’amusait à plaisanter le jeune prince, qu’il prétendait avoir rencontré en compagnie d’une très belle fille.
« Mais, mon cher, ne vous défendez pas, car elle est vraiment superbe... Elle marchait à côté de vous, et vous vous êtes engagés dans une ruelle déserte, le borgo Angelico je crois, où je ne vous ai pas suivis, par discrétion. »
Dario souriait, l’air très à l’aise, en homme heureux, incapable de renier son goût passionné de la beauté.
« Sans doute, sans doute, c’était bien moi, je ne nie pas... Seulement, l’affaire n’est pas celle que vous pensez. »
Et, se retournant vers Benedetta, qui s’égayait, elle aussi, sans aucune ombre d’inquiétude jalouse, comme ravie au contraire du plaisir des yeux qu’il avait pu prendre un instant :
« Tu sais, il s’agit de cette pauvre fille, que j’ai trouvée en larmes, il y a près de six semaines... Oui, cette ouvrière en perles qui sanglotait à cause du chômage, et qui s’est mise, toute rouge, à galoper devant moi pour me conduire chez ses parents, lorsque j’ai voulu lui donner une pièce blanche... Pierina, tu te rappelles bien ?
- Pierina, parfaitement !
- Alors, imaginez-vous, je l’ai déjà, depuis ce jour, rencontrée quatre ou cinq fois sur mon chemin. Et, c’est vrai, elle est si extraordinairement belle, que je m’arrête et que je cause... L’autre jour, je l’ai conduite ainsi jusque chez un fabricant.
Mais elle n’a pas encore trouvé d’ouvrage, elle s’est remise à pleurer ; et, ma foi, pour la consoler un peu, je l’ai embrassée... Ah ! elle en est restée saisie, et heureuse, si heureuse ! »
Tous, maintenant, riaient de l’histoire. Mais Celia, la première, se calma. Elle dit d’une voix très grave : « Vous savez, Dario, qu’elle vous aime. Il ne faut pas être méchant. »
Sans doute Dario pensait comme elle, car il regarda de nouveau Benedetta, avec un hochement gai de la tête, pour dire que, s’il était aimé, lui n’aimait pas. Une perlière, une fille du bas peuple, ah ! non ! Elle pouvait être une Vénus, elle n’était pas une maîtresse possible. Et il s’amusa beaucoup lui-même de l’aventure romanesque, que Narcisse arrangeait, en un sonnet à la mode ancienne : la belle perlière tombant amoureuse folle du jeune prince qui passe, beau comme le jour, et qui lui a donné un écu, touché de son infortune ; la belle perlière, dès lors, le cœur bouleversé de le trouver aussi charitable que beau, ne rêvant plus que de lui, le suivant partout, attachée à ses pas par un lien de flamme. et la belle perlière, enfin, qui a refusé l’écu, demandant de ses yeux soumis et tendres, obtenant l’aumône que le jeune prince daigne un soir lui faire de son cœur. Benedetta se plut beaucoup à ce jeu. Mais Celia, avec sa face angélique, son air de petite fille qui aurait dû tout ignorer, restait très sérieuse, répétait tristement :
« Dario, Dario, elle vous aime, il ne faut pas la faire souffrir. »
Alors, la contessina finit par s’apitoyer à son tour.
« Et ils ne sont pas heureux, ces pauvres gens !
- Oh ! s’écria le prince, une misère à ne pas croire ! Le jour ou elle m’a mené là-bas, aux Prés-du-Château, j’en suis resté suffoqué.
C’est une horreur, une horreur étonnante !
- Mais je me souviens, reprit-elle, nous avions fait le projet d’aller les visiter, ces malheureux, et c’est fort mal d’avoir tardé jusqu’ici... N’est-ce pas ? monsieur l’abbé Froment, vous étiez très désireux, pour vos études, de nous accompagner et de voir ainsi de près la classe pauvre à Rome. »
Elle avait levé les yeux vers Pierre, qui se taisait depuis un instant. Il fut très attendri que cette pensée de charité lui revint car il sentit, au léger tremblement de sa voix, qu’elle voulait se montrer ainsi une élève docile, faisant des progrès dans l’amour des humbles et des misérables. Tout de suite, d’ailleurs, la passion de son apostolat l’avait repris.
« Oh ! dit-il, je ne quitterai Rome qu’après y avoir vu le peuple qui souffre, sans travail et sans pain. La maladie est là, pour toutes les nations, et le salut ne peut venir que par la guérison de la misère. Quand les racines de l’arbre ne mangent pas, l’arbre meurt.
- Eh bien ! reprit-elle, nous allons prendre rendez-vous tout de suite, vous viendrez avec nous aux Prés-du-Château... Dario nous conduira. »
Celui-ci, qui avait écouté le prêtre d’un air stupéfait, sans bien comprendre l’image de l’arbre et de ses racines, se récria, plein de détresse.
« Non, non ! cousine, promène là-bas M. l’abbé, si cela t’amuse... Moi, j’y suis allé, et je n’y retourne pas. Ma parole ! en rentrant, j’ai failli me mettre au lit, la cervelle et l’estomac à l’envers... Non, non ! c’est trop triste, ce n’est pas possible, des abominations pareilles ! »
À ce moment, une voix mécontente s’éleva du coin de la cheminée.
Donna Serafina sortait de son long silence.
« Il a raison Dario ! Envoie ton aumône, ma chère, et j’y joindrai volontiers la mienne... Seulement, il y a d’autres endroits plus utiles à voir, où tu peux conduire M. l’abbé... Tu vas, en vérité, lui faire emporter là un beau souvenir de notre ville ! »
L’orgueil romain sonnait seul au fond de sa mauvaise humeur. À quoi bon montrer ses plaies aux étrangers qui viennent amenés peut-être par des curiosités hostiles ? Il fallait être toujours en beauté, ne montrer Rome que dans l’apparat de sa gloire.
Mais Narcisse s’était emparé de Pierre.
« Oh ! mon cher, c’est vrai, j’oubliais de vous recommander cette promenade... Il faut absolument que vous visitiez le nouveau quartier qu’on a bâti aux Prés-du-Château. Il est typique, il résume tous les autres ; et vous n’aurez pas perdu votre temps, je vous en réponds, car rien au monde ne vous en dira plus long sur la Rome actuelle. C’est extraordinaire, extraordinaire ! »
Puis, s’adressant à Benedetta :
« Est-ce entendu ? voulez-vous demain matin ?... Vous nous trouveriez là-bas, l’abbé et moi, parce que je tiens à le mettre d’abord au courant, pour qu’il comprenne... À dix heures, voulez-vous ? »
Avant de répondre, la contessina, qui s’était tournée vers sa tante, lui tint tête, respectueusement.
« Allez, ma tante, M. l’abbé a dû rencontrer assez de mendiants dans nos rues, il peut tout voir. Et, d’ailleurs, d’après ce qu’il raconte dans son livre, il n’en verra pas plus à Rome qu’il n’en a vu à Paris.
Partout, comme il le dit quelque part, la faim est la même. »
Puis, elle s’attaqua à Dario, très douce, l’air raisonnable.
« Tu sais, mon Dario, que tu me ferais un bien gros plaisir, en me conduisant là-bas. Sans toi, nous aurions trop l’air de tomber du ciel... Nous prendrons la voiture, nous irons rejoindre ces messieurs, et ça nous fera une très joue promenade... Il y a si longtemps que nous ne sommes sortis ensemble ! »
Certainement, c’était là ce qui la ravissait, d’avoir ce prétexte pour l’emmener, pour se réconcilier tout à fait avec lui. Il sentit cela, il ne put se dérober, et il affecta de plaisanter.
« Ah ! cousine, tu seras cause que j’aurai des cauchemars tout le restant de la semaine. Une partie de plaisir comme ça, vois-tu, c est à gâter pour huit jours le bonheur de vivre ! »
Il frémissait de révolte à l’avance, les rires recommencèrent ; et, malgré la muette désapprobation de donna Serafina, le rendez-vous fut définitivement fixé au lendemain, dix heures. En partant, Celia regretta vivement de ne pouvoir en être. Mais elle, avec sa candeur fermée de lis en bouton, ne s’intéressait qu’à la Pierina. Aussi, dans l’antichambre, se pencha-t-elle à l’oreille de son amie.
« Cette beauté, regarde-la bien, ma chère, pour me dire si elle est belle, très belle, plus belle que toutes. »
Le lendemain, à neuf heures, lorsque Pierre retrouva Narcisse près du château Saint-Ange, il s’étonna de le voir retombé dans son enthousiasme d’art, langoureux et pâmé. D’abord, il ne fut plus du tout question des quartiers nouveaux, ni de l’effroyable catastrophe financière qu’ils avaient provoquée.
Le jeune homme raconta qu’il s’était levé avec le soleil, pour aller passer une heure devant la sainte Thérèse du Bernin. Quand il ne l’avait pas vue depuis huit jours, il disait en souffrir, le cœur gros de larmes comme de la privation d’une maîtresse très aimée. Et il avait des heures pour l’aimer ainsi, différemment, à cause de l’éclairage : le matin, de tout un élan mystique de son âme, sous la lumière d’aube qui l’habillait de blancheur ; l’après-midi, de toute la passion rouge du sang des martyrs, dans les rayons obliques du soleil couchant, dont la flamme semblait ruisseler en elle.
« Ah ! mon ami, déclara-t-il de son air las, les yeux noyés de mauve, ah ! mon ami, vous n’avez pas idée de son troublant et délicieux réveil, ce matin... Une vierge ignorante et pure, et qui brisée de volupté, ouvre languissamment les yeux, encore pâmée d’avoir été possédée par Jésus... Ah ! c’est à mourir ! »
Puis, se calmant, au bout de quelques pas, il reprit de sa voix nette de garçon pratique, très d’aplomb dans la vie :
« Dites donc, nous allons nous rendre tout doucement aux Prés-du-Château, dont vous apercevez les constructions là-bas, en face de nous ; et, pendant que nous marcherons, je vous raconterai ce que je sais, oh ! l’histoire la plus extravagante, un de ces coups de folie de la spéculation qui sont beaux comme l’œuvre monstrueuse et belle de quelque génie détraqué... J’ai été mis au courant par des parents à moi, qui ont jouer ; ici, et qui, ma foi ! ont gagné des sommes considérables. »
Alors, avec une clarté et une précision d’homme de finances, employant les termes techniques d’un air d’aisance parfaite, il conta l’extraordinaire aventure.
Au lendemain de la conquête de Rome, lorsque l’Italie entière délirait d’enthousiasme, à l’idée de posséder enfin la capitale tant désirée, l’antique et glorieuse ville, l’éternelle qui avait la promesse de l’empire du monde, ce fut d’abord une explosion bien légitime de la joie et de l’espoir d’un peuple jeune, constitué de la veille, ayant hâte d’affirmer sa puissance. Il s’agissait de prendre possession de Rome, d’en faire la capitale moderne, seule digne d’un grand royaume ; et il s’agissait avant tout de l’assainir, de la nettoyer des ordures qui la déshonoraient. On ne peut plus s’imaginer dans quelle saleté immonde baignait la ville des papes, la Roma Sporca regrettée des artistes : pas même de latrines, la voie publique servant à tous les besoins, les ruines augustes transformées en dépotoirs, les abords des vieux palais princiers souillés d’excréments, un lit d’épluchures, de détritus, de matières en décomposition montant de partout, changeant les rues en égouts empoisonnés, d’où soufflaient de continuelles épidémies. La nécessité de vastes travaux d’édilité s’imposait, c’était une véritable mesure de salut, le rajeunissement, la vie assurée et plus large, de même qu’il était juste de songer à bâtir de nouvelles maisons pour les habitants nouveaux qui devaient affluer de toutes parts. Le fait s’était passé à Berlin, après la constitution de l’Empire d’Allemagne, la ville avait vu sa population s’accroître en coup de foudre, par centaines de mille âmes. Rome, certainement, allait elle aussi doubler, tripler, quintupler, attirant à elle les forces vives des provinces, devenant le centre de l’existence nationale. Et l’orgueil s’en mêla, il fallait montrer au gouvernement déchu du Vatican ce dont l’Italie était capable, de quelle splendeur rayonnerait la nouvelle Rome, la troisième Rome, qui dépasserait les deux autres, l’impériale et la papale, par la magnificence de ses voies et le flot débordant de ses foules.
Les premières années, cependant, le mouvement des constructions garda quelque prudence. On fut assez sage pour ne bâtir qu’au fur et à mesure des besoins. D’un bond, la population avait doublé, était montée de deux cent mille à quatre cent mille habitants : tout le petit monde des employés, des fonctionnaires, venus avec les administrations publiques, toute la cohue qui vit de l’État ou espère en vivre, sans compter les oisifs, les jouisseurs, qu’une cour traîne après elle. Ce fut là une première cause de griserie, personne ne douta que cette marche ascensionnelle ne continuât, ne se précipitât même. Dès lors, la cité de la veille ne suffisait plus, il fallait sans attendre faire face aux besoins du lendemain, en élargissant Rome hors de Rome, dans tous les antiques faubourgs déserts. On parlait aussi du Paris du second Empire, si agrandi, changé en une ville de lumière et de santé. Mais, aux bords du Tibre, le malheur fut, à la première heure, qu’il n’y eut pas un plan général, pas plus qu’un homme de regard clair, maître souverain de la situation, s’appuyant sur des sociétés financières puissantes. Et ce que l’orgueil avait commencé. cette ambition de surpasser en éclat la Rome des Césars et des papes, cette volonté de refaire de la Cité Eternelle, prédestinée, le centre et la reine de la terre, la spéculation l’acheva, un de ces extraordinaires souffles de l’agio, une de ces tempêtes qui naissent, font rage, détruisent et emportent tout, sans que rien les annonce ni les arrête. Brusquement, le bruit courut que des terrains, achetés cinq francs le mètre, se revendaient cent francs ; et la fièvre s’alluma, la fièvre de tout un peuple que le jeu passionne. Un vol de spéculateurs, venus de la haute Italie, s’était abattu sur Rome, la plus noble et la plus facile des proies.
Pour ces montagnards, pauvres, affamés, la curée des appétits commence, dans ce Midi voluptueux, où la vie est si douce ; de sorte que les délices du climat, elles-mêmes corruptrices, activèrent la décomposition morale. Puis, il n’y avait vraiment qu’à se baisser, les écus d’abord se ramassèrent à la pelle, parmi les décombres des premiers quartiers qu’on éventra. Les gens adroits, qui, flairant le tracé des voies nouvelles, s’étaient rendus acquéreurs des immeubles menacés d’expropriation, décuplèrent leurs fonds en moins de deux ans. Alors la contagion grandit, empoisonna la ville entière, de proche en proche, les habitants à leur tour furent emportés, toutes les classes entrèrent en folie, les princes, les bourgeois, les petits propriétaires, jusqu’aux boutiquiers, les boulangers, les épiciers les cordonniers à ce point qu’on cita plus tard un simple boulanger qui fit une faillite de quarante-cinq millions. Et ce n’était plus que le jeu exaspéré, un jeu formidable dont la fièvre avait remplacé le petit train réglementé du loto papal, un jeu à coups de millions où les terrains et les bâtisses devenaient fictifs, de simples prétextes à des opérations de Bourse. Le vieil orgueil atavique qui avait rêvé de transformer Rome en capitale du monde, s’exalta ainsi jusqu’à la démence, sous cette fièvre chaude de la spéculation, achetant des terrains, bâtissant des maisons pour les revendre, sans mesure, sans arrêt, de même qu’on lance des actions, tant que les presses veulent bien en imprimer.
Certainement, jamais ville en évolution n’a donné pareil spectacle. Aujourd’hui, lorsqu’on tâche de comprendre, on reste confondu. Le chiffre de la population avait dépassé quatre cent mille, et il semblait rester stationnaire ; mais cela n’empêchait pas la végétation des quartiers neufs de sortir du sol, toujours plus drue.
Pour quel peuple futur bâtissait-on avec cette sorte de rage ? Par quelle aberration en arrivait-on à ne pas attendre les habitants, à préparer ainsi des milliers de logements aux familles de demain, qui viendraient peut-être ? La seule excuse était de s’être dit, d’avoir posé à l’avance, comme une vérité indiscutable, que la troisième Rome, la capitale triomphante de l’Italie, ne pouvait avoir moins d’un million d’âmes. Elles n’étaient pas venues mais elles allaient venir sûrement : aucun patriote n’en pouvait douter, sans crime de lèse-patrie. Et on bâtissait, on bâtissait, on bâtissait sans relâche, pour les cinq cent mille citoyens en route. On ne s’inquiétait même plus du jour de leur arrivée, il suffisait que l’on comptât sur eux. Encore, dans Rome, les sociétés qui s’étaient formées pour la construction des grandes voies, au travers des vieux quartiers malsains abattus, vendaient ou louaient leurs immeubles, réalisaient de gros bénéfices. Seulement, à mesure que la folie croissait, pour satisfaire à la fringale du lucre, d’autres sociétés se créèrent, dans le but d’élever, hors de Rome, des quartiers encore, des quartiers toujours, de véritables petites villes, dont on n’avait nul besoin. À la porte Saint-Jean, à la porte Saint-Laurent, des faubourgs poussèrent comme par miracle Sur les immenses terrains de la villa Ludovisi, de la porte Salaria à la porte Pia, jusqu’à Sainte-Agnès, une ébauche de ville fut commencée. Enfin, aux Prés-du-Château, ce fut toute une cite qu’on voulut d’un coup faire naître du sol, avec son église, son école. son marché. Et il ne s’agissait pas de petites maisons ouvrières, de logements modestes pour le menu peuple et les employés, il s’agissait de bâtisses colossales, de vrais palais à trois et quatre étages, développant des façades uniformes et démesurées, qui faisaient de ces nouveaux quartiers excentriques des quartiers babyloniens, que des capitales de vie intense et d’industriel comme Paris ou Londres, pourraient seules peupler.
Ce sont là les monstrueux produits de l’orgueil et du jeu, et quelle page d’histoire, quelle leçon amère, lorsque Rome aujourd’hui ruinée, se voit déshonorée en outre, par cette laide ceinture de grandes carcasses crayeuses et vides, inachevées pour la plupart, dont les décombres déjà sèment les rues pleines d’herbe !
L’effondrement fatal, le désastre fut effroyable. Narcisse en donnait les raisons, en suivait les diverses phases, si nettement que Pierre comprit. De nombreuses sociétés financières avaient naturellement poussé dans ce terreau de la spéculation, l’Immobilière, la Società d’edilizia, la Fondiaria, la Tiberina, l’Esquilino. Presque toutes faisaient construire, bâtissaient des maisons énormes, des rues entières, pour les revendre. Mais elles jouaient également sur les terrains, les cédaient à de gros bénéfices aux petits spéculateurs qui s’improvisaient de toutes parts, rêvant des bénéfices à leur tour, dans la hausse continue et factice que déterminait la fièvre croissante de l’agio. Le pis était que ces bourgeois, ces boutiquiers sans expérience, sans argent, s’affolaient jusqu’à faire construire eux aussi, en empruntant aux banques en se retournant vers les sociétés qui leur avaient vendu les terrains, pour obtenir d’elles l’argent nécessaire à l’achèvement des constructions. Le plus souvent, pour ne pas tout perdre les sociétés se trouvaient un jour forcées de reprendre les terrains et les constructions, même inachevées, ce qui amenait entre leurs mains un engorgement formidable, dont elles devaient périr. Si le million d’habitants était venu occuper les logements qu’on lui préparait, dans un rêve d’espoir si extraordinaire, les gains auraient pu être incalculables, Rome en dix ans s’enrichissait devenait une des plus florissantes capitales du monde.
Seulement ces habitants s’entêtaient à ne pas venir, rien ne se louait, les logements restaient vides. Et, alors, la crise éclata en coup de foudre, avec une violence sans pareille, pour deux raisons. D’abord les maisons bâties par les sociétés étaient des morceaux trop gros, d’un achat difficile, devant lesquels reculait la foule des rentiers moyens, désireux de placer leur argent dans le foncier. L’atavisme avait agi, les constructeurs avaient vu trop grand une série de palais magnifiques, destinés à écraser ceux des autres âges, et qui allaient rester mornes et déserts, comme un des témoignages les plus inouïs de l’orgueil impuissant. Il ne se rencontra donc pas de capitaux particuliers qui osassent ou qui pussent se substituer à ceux des sociétés. Ensuite, ailleurs a Paris, à Berlin, les quartiers neufs, les embellissements se sont faits avec des capitaux nationaux, avec l’argent de l’épargne. Au contraire, à Rome, tout s’est bâti avec du crédit, des lettres de change à trois mois, et surtout avec de l’argent étranger. On estime à près d’un milliard l’énorme somme engloutie, dont les quatre cinquièmes étaient de l’argent français. Cela se faisait simplement de banquiers à banquiers, les banquiers français prêtant à trois et demi ou quatre pour cent aux banquiers italiens, qui de leur côté prêtaient aux spéculateurs, aux constructeurs de Rome, à six, sept et même huit pour cent. Aussi s’imagine-t-on le désastre, lorsque la France, que fâchait l’alliance de l’Italie avec l’Allemagne, retira ses huit cents millions en moins de deux ans. Un immense reflux se produisit, vidant les banques italiennes ; et les sociétés foncières, toutes celles qui spéculaient sur les terrains et les constructions, forcées de rembourser à leur tour, durent s’adresser aux sociétés d’émission, celles qui avaient la faculté d’émettre du papier.
En même temps, elles intimidèrent l’État, elles le menacèrent d’arrêter les travaux et de mettre sur le pavé de Rome quarante mille ouvriers sans ouvrage, s’il n’obligeait pas les sociétés d’émission, à leur prêter les cinq ou six millions de papier dont elles avaient besoin, ce que l’État finit par faire, épouvanté à l’idée d’une faillite générale. Naturellement, aux échéances, les cinq ou six millions ne purent être rendus, puisque les maisons ne se vendaient ni ne se louaient, de sorte que l’écroulement commença, se précipita, des décombres sur des décombres : les petits spéculateurs tombèrent sur les constructeurs, ceux-ci sur les sociétés foncières, celles-ci sur les sociétés d’émission, qui tombèrent sur le crédit public, ruinant la nation. Voilà comment une crise simplement édilitaire devint un effroyable désastre financier, un danger d’effondrement national, tout un milliard inutilement englouti, Rome enlaidie, encombrée de jeunes ruines honteuses, les logements béants et vides, pour les cinq ou six cent mille habitants rêvés, qu’on attend toujours.
D’ailleurs, dans le vent de gloire qui soufflait, l’État lui-même voyait colossal. Il s’agissait de créer de toutes pièces une Italie triomphante, de lui faire accomplir en vingt-cinq ans la besogne d’unité et de grandeur, que d’autres nations ont mis des siècles à faire solidement. Aussi était-ce une activité fébrile, des dépenses prodigieuses, des canaux, des ports, des routes, des chemins de fer, des travaux publics démesurés dans toutes les villes. On improvisait, on organisait la grande nation, sans compter. Depuis l’alliance avec l’Allemagne, le budget de la guerre et de la marine dévorait les millions inutilement.
Et on ne faisait face aux besoins, sans cesse grandissants, qu’à coups d’émissions, les emprunts se succédaient d’année en année. Rien qu’à Rome, la construction du ministère de la Guerre coûtait dix millions, celle du ministère des Finances quinze, et l’on dépensait cent millions pour les quais, qui ne sont pas finis, et l’on engloutissait plus de deux cent cinquante millions dans les travaux de défense, autour de la ville. C’était encore et toujours la flambée d’orgueil fatal, la sève de cette terre qui ne peut s’épanouir qu’en projets trop vastes, la volonté d’éblouir le monde et de le conquérir, dès qu’on a posé le pied au Capitole, même dans la poussière accumulée de tous les pouvoirs humains, qui s’y sont écroulés les uns sur les autres.
« Et, mon cher ami, continua Narcisse, si je descendais dans les histoires qui circulent, qu’on se raconte à l’oreille, si je vous citais certains faits, vous seriez stupéfait, épouvanté, du degré de démence où cette ville entière, si raisonnable au fond, si indolente et si égoïste, a pu monter, sous la terrible fièvre contagieuse de la passion du jeu. Le petit monde, les ignorants et les sots, ne s’y sont pas ruinés seuls, car les grandes familles presque toute la noblesse romaine y a laissé crouler les antiques fortunes, et l’or, et les palais, et les galeries de chefs-d’œuvre qu’elle devait à la munificence des papes. Ces colossales richesses qu’il avait fallu des siècles de népotisme pour entasser entre les mains de quelques-uns, ont fondu comme de la cire, en dix ans à peine, au feu niveleur de l’agio moderne. »
Puis, s’oubliant, ne pensant plus qu’il parlait à un prêtre il conta une de ces histoires équivoques.
« Tenez ! notre bon ami Dario, prince Boccanera, le dernier du nom, qui en est réduit à vivre des miettes de son oncle le cardinal, lequel n’a plus guère que l’argent de sa charge, eh bien ! il roulerait sûrement carrosse, sans l’extraordinaire histoire de la villa Montefiori...
On doit vous avoir déjà mis au courant : les vastes terrains de cette villa cédés pour dix millions à une compagnie financière ; puis, le prince Onofrio, le père de Dario mordu par le besoin de spéculer, rachetant fort cher ses propres terrains, jouant dessus, faisant bâtir, puis, la catastrophe finale emportant, avec les dix millions, tout ce qu’il possédait lui-même les débris de la fortune anciennement colossale des Boccanera... Mais ce qu’on ne vous a sans doute pas dit, ce sont les causes cachées, le rôle que le comte Prada, justement l’époux séparé de cette délicieuse contessina que nous attendons, a joué là-dedans. Il était l’amant de la princesse Boccanera, la belle Flavia Montefiori qui avait apporté la villa au prince, oh ! une créature admirable beaucoup plus jeune que son mari, et l’on assure que Prada tenait le mari par la femme, à ce point que celle-ci se refusait le soir, quand le vieux prince hésitait à donner une signature à s’engager davantage dans une aventure dont il avait flairé d’abord le danger. Prada y a gagné les millions qu’il mange aujourd’hui d’une façon fort intelligente. Et quant à la belle Flavia, devenue mûre, vous savez qu’après avoir tiré une petite fortune du désastre, elle a renoncé galamment à son titre de princesse Boccanera, pour s’acheter un bel homme, un second mari beaucoup plus jeune qu’elle, cette fois, dont elle a fait un marquis Montefiori, lequel l’entretient en joie et en beauté opulente, malgré ses cinquante ans passés... Dans tout cela, il n’y a de victime que notre bon ami Dario, totalement ruiné résolu à épouser sa cousine, pas plus riche que lui. Il est vrai qu’elle le veut et qu’il est incapable de ne pas l’aimer autant qu’elle l’aime.
Sans cela, il aurait déjà accepté quelque Américaine, une héritière à millions, ainsi que tant d’autres princes ; à moins que le cardinal et donna Serafina ne s’y fussent opposés, car ces deux-là sont aussi des héros dans leur genre, des Romains d’orgueil et d’entêtement, qui entendent garder leur sang pur de toute alliance étrangère... Enfin, espérons que le bon Mario et cette Benedetta exquise seront heureux ensemble. »
Il s’interrompit ; puis, au bout de quelques pas faits en silence, il continua plus bas :
« Moi, j’ai un parent qui a ramassé près de trois millions dans l’affaire de la villa Montefiori. Ah ! comme je regrette de n’être arrivé ici qu’après ces temps héroïques de l’agio ! Comme cela devait être amusant, et quels coups à faire, pour un joueur de sang-froid ! »